Partir en voyage, ce n’est pas forcément partir très loin et très longtemps. Alors avec notre petit sac à dos, et notre pouce, nous avons traversé 3 provinces. De l’Iparralde à l’Hégoalde, Pays Basque nord et sud. Du Labour à la Bizcaye, en passant par le Guipuzkoa. Entre mer et montagne. Entre pêche, navigation, agriculture, politique et fêtes.
Qu’il est doux de savoir que l’on peut encore taper le stop sans trop prendre de risque. Qu’il ne faut pas attendre demi heure pour que quelqu’un s’arrête, et que ce quelqu’un ne soit forcément un détraqué sexuel ou un tueur en série. Oui, vous me direz, deux filles toutes mimis, c’est facile….Ah ben quoi, chacun ses atouts, faut savoir les mettre en valeur. En même temps, je verrais un joli petit mec faire du stop sur les routes du Labourd, je n’hésiterais pas à m’arrêter.
Bon on a quand même pris le train jusqu’à Deba. Le plus cher dans l’histoire, c’est le Bayonne-Hendaye…6 euros pour une demi heure !!! Et puis hop, on sort de la gare, on change la mâchoire « Français » pour la mâchoire « Espagnol ». Encore que dans cette ville frontalière, on peut encore s’exprimer dans les deux langues, et le type au guichet laisse le choix de la langue. Mais bon, qui parle la langue qui unifie ces deux enclaves dans deux pays différents, c'est-à-dire l’Euskera n’aura pas à passer par l’étape changement de mâchoire. Ceci dit n’ayez crainte, on va pas vous lâcher une
dans le slip parce que vous ne vous adressez pas en Basque. On risque juste de pas vous répondre car il y en a encore certains qui ne maîtrisent que cette langue. Comme par exemple le petit Manex, fils du beau surfeur qui nous a pris en stop à Mutriku, et que j’ai dû consoler avec mes rudiments de Basque pendant que Aita (le papa) chargeait les planches de windsurf dans le camion….Heureusement que le Aita, d’une part était très beau, d’autre part m’avait prévenu que c’était pas la peine d’insister en Espagnol. Sinon, j’aurais quitté le camion (mais le Aita était trop beau pour ça), et pas fait la gaga à ramasser 30 fois le labelo que Manex balançait tout en pleurant. Enfin bon bref.
Hop, on saute dans l’Euskotren à Hendaye pour aller à Donostie (San Sebastian). Quelques vingts minutes (à 1.30 euros) à longer les ports et villes industrielles comme Renteria, ou Pasaia. A Donostie, après un petit café, hop, on saute dans l’autre Euskotren qui mène à Bilbao, mais on s’arrêtera à Deba. Plus d’une heure de train avec arrêts fréquents (pour seulement 2 euros) à traverser des collines de forêts magnifiques de sapins et d’eucaliptus, tout en longeant la rivière Deba. Je ne connais pas le Canada, mais ça m’y fait penser. Descente à Deba, petit port de pêche tranquille. De Deba, on se rend vite à Mutriku, de Mutriku à Leikeito. Tous deux villages côtiers de pêcheurs aux maisonnettes de blanc/rouge, blanc/vert, blanc/bleu, selon la tradition au Pays Basque. On peut y croiser quelques vieux pêcheurs qui parlent l’anglais, mieux qu’ils ne parlent l’Espagnol, moins bien qu’ils ne parlent le Basque. D’anciens navigateurs qui ont parcouru les océans vers les pays Scandinaves, l’Amérique du nord, ou l’Amérique Latine sur les bateaux de marchandises. Des petits vieux qui ont bien des choses à raconter, et qui sous prétexte de vous indiquer la route, ne vous lâcherons pas de si vite, voudrons vous faire visiter leur potager, vous montrer la carte postale du copain Allemand qui est au Japon pour soutenir les condamnés à la peine de mort. Les sujets de politique ne manquent pas, tant que l’on se fait discret sur certaines choses.
Arbre de Gernika
Lekeito direction Gernika, pour aller voir l’arbre de Gernika que je n’avais encore jamais vu, sinon sur la toile de Picasso qui a toujours décoré mes murs alors étudiante. L’arbre de Gernika, symboles des libertés Basques, de la défense des libertés et des droits du peuple Basque. Il n’en reste qu’un triste tronc, plus à l’image de la Guerre Civile quand la ville de Gernika fut complètement détruite, le 26 avril 1937, par l’aviation allemande envoyée par Hitler en signe de collaboration avec l’armée de Franco. Enfin bon, cette ville ne m’enchante pas tant que ça.
Départ pour Mundaka et Bermeo, toujours en stop, toujours en traversant la grande et majestueuse réserve de la biosphère d’Urdaibai. Notre gentil chauffeur nous arrête en court de route afin de voir l’embouchure de l’estuaire du rio Urdaibai, où jadis, se formait une superbe vague, qui fit de Mundaka un grand spot de surf. Malheureusement, le draguage de l’embouchure a provoqué la disparition de cette vague, au grand désespoir des surfeurs, et du mien aussi (personne ne m’avait mis au courant depuis la dernière fois que j’étais passée). Certains parlent de la revoir se former en 2006, d’autre d’ici 12 ans. Ceci étant, il reste encore la petite légende de l’île d’Izaro, à l’embouchure, dont les propriétaires en sont les habitants de Bermeo. Il y eu dans le temps une régate de traînières entre les hommes de Bermeo et les hommes de Mundaka, afin de décider du propriétaire de l’île. Les hommes de Bermeo remportèrent la régate, devenant ainsi propriétaires de l’île. Mais bien sûr, les villageois de Mundaka accusèrent les Bermeotarras d’avoir fait boire et saoulé l’équipe de Mundaka la veille. Assez vieille finalement l’excuse de « ce sont les autres qui m’ont fait boire ! ». Voilà à quoi mène ce vice pour la fête au Pays Basque ! Ceci dit, mis à part de multiples légendes, aucun trésor sur l’île, donc pas de quoi en faire un gaxna (un fromage coâ).
Mundaka, magnifique port de pêche, quand il n’est pas assaillit par le tourisme. En cette saison, pas de soucis, les touristes sont partis. Quand à Bermeo, port de pêche bien plus industriel, mais beaucoup moins charmant que Mundaka. Les bruits des perceuses en tout genre nous donnent mal à la tête.
Sous les dé conseils du barman du café de la place, nous tentons le stop pour Bilbao. « Ce sera difficile d’arriver à Bilbao en stop me dit il. Prends plutôt le bus ». « Ah non non me dit Kaori, on a commencé en stop, on finira en stop ! ». Bien, je ne suis pas difficile à convaincre. Il avait bien vu le barman. Les conducteurs ne veulent pas nous amener plus loin que Gernika. Alors on y va pour Gernika, et tentons le jeu de la séduction…euh, persuasion. Discussions après discussions, entre politique, faits de société (le célibat des jeunes de plus en plus fréquent, la drague sur internet ça marche bien), groupes de musique Basques, le jeune homme décide de nous amener à Bilbao plutôt que de rentrer chez lui se coller devant l’ordi (d’après moi la drague sur internet, ça marche pas si bien que ça).
Voilà qu’il prend une bifurcation vers les montagnes. Hum…est ce bien par là Bilbao ? Nous n’avons pas passé Gernika. Ceci dit, le paysage est charmant, entre de belles forêts. Et le jeune homme loin d’être malhonnête puisqu’il nous fait visiter son village, sa maison. Puis visite guidée de Bilbao en voiture….si bien que je m’impatiente car si lui était célibataire et allait passer sa soirée sur Internet moi, j’aivais rendez vous. Mais bon, après le jeu de la persuasion, il faut bien assumer. Au bout de deux heures, nous voilà enfin lâchées à l’entrée du Casco Viejo.
A nous Bilbao, et surtout, à nous les nuits Bilbotesques du Casco Viejo. Le Casco Viejo, un petit barri gotic beaucoup moins mode et m’as-tu vu (à mon goût). Toujours énormément d’ambiance. Que ce soit en journée avec les magasins, ou en soirée, pour le poteo, c'est-à-dire le marathon des bars, pour des tournées de Sagarnoa, Cidre Basque (attention, différent du Cidre Breton), katxis de garagardoa (un verre d’un litre de bière qu’on se fait passer entre potes), ou encore du Patxaran, mais plutôt en digestif, de la pika (bière Kas), ou du vin martelado (de la piquette Espagnole si vous tombez mal). Tout cela accompagné de pintxos, les tapas du Pays Basque, croquettes de morue ou de fromage, jambon serrano à tomber par terre, tortilla, et j’en passe. Tout cela avec toute une bande de potes à se tordre de rire bien qu’on ne connaisse certains que depuis 10 minutes. Pour moi, à coté de ces doux plaisirs, le Guggenheim ne vaut pas chose. Mais est ce bien comparable ?
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